Idir, voix éternelle de la culture amazighe et de la chanson kabyle
Idir n’était pas seulement une belle voix. Il était une mémoire, un souffle et un pont entre les montagnes de Kabylie et le reste du monde. À travers ses chansons, il a donné une portée universelle à la culture amazighe, sans jamais renier ses racines.
Idir, plus qu’un chanteur : une conscience culturelle
Un enfant de la Kabylie
Né le 25 octobre 1945 à Aït Yenni, dans les montagnes de la Grande Kabylie, Hamid Cheriet grandit dans un univers profondément imprégné de tradition orale amazighe. Fils de berger, il est bercé dès l’enfance par les contes, les chants et la poésie.
Un nom choisi comme un destin
Il adopte le nom de scène Idir, dérivé du verbe amazigh « dder » – vivre. Un choix discret au départ, presque secret, mais qui s’avérera prophétique : Idir vivra longtemps dans la mémoire collective, bien au-delà de sa disparition.
La naissance d’une voix universelle
Une carrière née par hasard
Rien ne prédestinait Idir à la chanson. Étudiant en géologie, il se destine à une carrière scientifique. En 1973, le hasard le conduit à Radio Alger, où il remplace une chanteuse absente pour interpréter une berceuse qu’il avait composée.
A Vava Inouva, l’étincelle
Cette berceuse devient A Vava Inouva, une chanson qui franchit les frontières linguistiques et culturelles pour devenir l’un des premiers tubes planétaires venus d’Afrique du Nord.
- Diffusée dans plus de 70 pays
- Traduite en plus de 15 langues
- Symbole d’une identité amazighe assumée
Idir et la modernisation de la chanson amazighe
Entre tradition et modernité
Idir ne s’est jamais contenté de reproduire la tradition. Il l’a transformée en y intégrant des arrangements modernes, tout en conservant l’âme de la musique kabyle.
- Flûte du berger kabyle
- Guitare folk
- Darbouka et percussions traditionnelles
Un art profondément humain
- Chansons dédiées à la mère et à l’enfance
- Thèmes de l’exil et de la mémoire
- Poésie accessible et universelle
Un artiste engagé sans discours excessif
La culture amazighe comme résistance
Sans slogans ni radicalité, Idir a toujours défendu la langue et la culture kabyles face aux politiques d’effacement culturel. Son engagement était artistique, profondément ancré dans la transmission.
Un exil choisi
Installé en France à partir de 1975, il continue de chanter sa Kabylie natale, faisant de l’exil un thème central de son œuvre.
Collaborations et reconnaissance internationale
Des ponts entre les cultures
- Alan Stivell
- Manu Chao
- Maxime Le Forestier
- Grand Corps Malade
- Zaho, Akhenaton, Yannick Noah
Précurseur de la world music
Bien avant que le terme ne devienne courant, Idir est reconnu comme l’un des pionniers de la musique du monde, capable de faire dialoguer les cultures sans les diluer.
Discographie essentielle d’Idir
Albums majeurs
- A Vava Inouva (1976)
- Ay Arrac Neɣ (1979)
- Les Chasseurs de lumière (1993)
- Identités (1999)
- Deux rives, un rêve (2002)
- La France des couleurs (2007)
- Adrar Inu (2013)
- Ici et ailleurs (2017)
Un héritage qui ne s’éteint pas
Une disparition, une présence éternelle
Idir s’éteint le 2 mai 2020 à Paris, à l’âge de 74 ans. Mais sa voix continue de résonner dans les foyers, les mariages, les concerts et les mémoires.
Chanter la vie pour rester vivant
Celui qui a chanté la terre, la mère et l’humanité n’a jamais vraiment quitté ce monde. Idir reste une source, un repère, une preuve que la culture amazighe parle à l’universel.

